vendredi 9 mai 2008

88. Lang : Metropolis

1001 films : Metropolis
Film allemand réalisé en 1927 par Fritz Lang (1890-1976)
Avec Alfred Abel, Gustav Fröhlich, Rudolf Klein-Rogge, Brigitte Helm
D'après le roman de Thea von Harbou, Metropolis.

Quel feu d'artifice!
Les spectateurs ont dû être complètement pétrifiés par la démesure de cette oeuvre. Pas de précédents dans une telle démesure. Naissance d'une nation de Griffith qui pourrait s'en approcher est maintenue à distance par son scénario connu par tous à travers les livres d'histoire. Avec Metropolis, on sort du temps et de l'espace connu; et le scénario, assez simpliste, s'efface derrière le gigantisme des décors et de la figuration (37 000 personnes). Coût de la production converti en dollars d'aujourd'hui : 200 millions.

Metropolis fait partie de cette vision idéologique récurrente du progrès et de la science : ceux-ci nous mènent tout droit vers l'enfer. Metropolis a ouvert la voie à une pléthore de films qui nous dépeindront la ville comme un lieu dantesque : Blade Runner, Dark City, The Fifth Element, Solyent Green (Titre français: Soleil vert, films sous-estimé), etc. On aime bien se faire peur. On a cru un moment que les villes occidentales se dirigeaient vers cette destinée (pensons à New York des années 1970; je me souviens, lors de ma première visite à New York en 1979, être arrivé dans la ville par le tunnel Lincoln qui aboutit sur la 42ème rue, découvrant une dizaine de voitures désossés et criblés de balles!) mais, dans un sursaut salutaire, les villes occidentales, même les plus grandes, sont redevenus des lieux de désirabilité résidentielle. La ville-centre qui, pendant des décennies, s'est vidée de sa population au profit des banlieues (surtout dans les villes nord-américaines) devenant des lieux de désolation et de criminalité élevée est à nouveau réinvestie par les populations. Renaissance de la ville : les industries ont quitté le coeur des villes, les espaces résidentiels ont été rénovés, les cours d'eau ont été dépollués, des parcs ont été aménagés, les rues piétonnes se sont développées, la rue principale a repris vie. Il fait bon, à nouveau, habiter au coeur des villes; l'augmentation exorbitante du prix des logements en fait foi. Comme quoi, le pire n'est pas toujours certain.

Metropolis : la ville de 2006 (année indiquée dans le roman).


En réalité, cette photo me fait plus penser aux villes d'Amérique du Nord des années 1960-1970, à l'époque de ce qu'on appelait le "urban renewal" (démolir la ville ancienne obsolète afin d'y reconstruire une ville à la Le Corbusier : tours à bureau, tours résidentielles, reliées par des autoroutes qui pénètrent au coeur de la cité). Voir ci-dessous un projet pour le quartier médiéval du Marais à Paris qui devait disparaître pour laisser place au Plan Voisin, oeuvre de Le Corbusier.

Heureusement, Paris a échappé à ce massacre. Le futur d'accord mais ailleurs, pas au détriment de l'histoire de la ville. Et c'est bien ailleurs, à La Défense, que les promoteurs de ce type de développement ont appliqué les grandes théories urbanistiques de Le Corbusier

Si je m'emballe tellement à chaque fois que la question urbaine apparaît c'est qu'on entre au coeur de ma vie professionnelle : 31 ans d'enseignement consacré au Monde urbain. Ça laisse des traces indélébiles.

Grande faille dans ma cinéphilie : je n'ai jamais vu Metropolis sur grand écran. Insensé.

Octobre et Metropolis résolvent la lutte des classes!!!!!
Deux films tournés en 1927 par deux des plus grands réalisateurs de cette époque : Eisenstein et Lang
Deux films qui traitent de la même thématique : la lutte des classes et sa résolution.
Coïncidence jamais soulignée dans les articles lus consacrés à ces deux films.
Si la résolution de la lutte des classes par le renversement du pouvoir en place par la population (thèse défendue par Eisenstein dans Octobre) nous apparaît pratiquement incontournable dans un régime dictatorial, comment regarder sans rire la résolution de la lutte des classes proposée par Lang dans Metropolis.
Dans la thèse défendue par Lang et, incidemment, par le régime nazi qui s'apprête à prendre le pouvoir, le capital (la bourgeoisie vivant au sommet de Metropolis) et le travail (la masse obscure des travailleurs dont les quartiers sont enfouis dans les catacombes de la ville) apprennent à collaborer dans l'harmonie et l'amour pour le bon fonctionnement de Metropolis. Comme on disait au Québec à l'ère du McDo, "un chausson aux pommes avec ça?"


Évaluation IMDB : 8,4 sur 10 pour 25 996 voteurs.
Au 72ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les voteurs de IMDB
Toutes les informations sur ce films sur IMDB
Une excellente critique de Metropolis par Francis Moury sur le site Stalker : dissection du cadavre de la littérature.
Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec.
Mon 88ème film des 1001 films

jeudi 1 mai 2008

87. Eisenstein et Alexandrov : Octobre

1001 films : Oktyabr
Titre français : Octobre
Titre anglais : Ten Days That Shook the World
Film soviétique réalisé en 1927 par Sergei M. Eisenstein (1898-1948) et Gregori Alexandrov (1903-1983)
Avec Vladimir Popov, Vassili Nikandrov, Layaschenko

Propagande 101
On ne s'attardera pas sur le contenu de cette oeuvre de commande pour commémorer le 10ème anniversaire de la prise de Petrograd-Leningrad-St-Petersbourg par les Bolchéviques. La valeur historique de ce document est totalement compromise par l'ombre omniprésente du petit père des peuples (Staline) qui impose autocensure d'abord puis, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, taille dans le produit fini pour le rendre plus conforme à la vision du pouvoir en place; par exemple, de nombreux plans où on retrouvait le personnage de Trostky ont été supprimés.

J'ai lu certaines analyses qui traitaient Octobre comme si c'était un documentaire; on en est à des années-lumières. Il faudrait parler plutôt de docu-menteur ou de documen-taire.

Pour prendre la mesure de la situation, imaginez Bush commandant à Spielberg de faire un film commémorant le cinquième anniversaire de la prise de Bagdad par les Américains; le dit film étant évidemment supervisé par les néo-cons(ervateurs) de Washington. On parlerait du canular du siècle dans les salles de rédaction tant une telle situation serait impensable.

Octobre est un poème symphonique, un oratorio, une épopée "à la Chanson de Roland", n'y cherchons pas une analyse historique scientifique de la Révolution d'Octobre.

Si Octobre est un chef-d'oeuvre de l'histoire du cinéma c'est, évidemment, au traitement cinématographique qu'il le doit. Une grande partie de l'art cinématographique d'Eisenstein est rassemblé dans cette oeuvre. Il définit une forme de langage cinématographique qui caractérisera toute son oeuvre. Selon Eisenstein un film devrait pouvoir se passer d'intertitres (voir Le dernier des hommes de Murnau) ou du moins les utiliser au minimum; certains éléments stylistiques du langage cinématographique devraient compenser la parole ou le texte. C'est ce que Eisenstein veut démontrer et Octobre est une complète réussite à ce niveau.
Deux éléments stylistiques retenus :
1. Montage rapide et saccadé des plans.
Au début du film, 60 secondes, 20 plans. Impression d'urgence; insurrection du peuple comme une débâcle au printemps.
Générique du film. La débâcle a lieu après 2min.30sec

Pour demeurer fidèle à la comparaison mentionnée plus haut, vous ne pourrez pas vous empêcher de faire le parallèle entre la destruction de la statue du Tsar et celle de Saddam Hussein un certain 9 avril 2003.
2. Le "montage intellectuel"

Créer une signification nouvelle par la juxtaposition de deux images ou de deux plans successifs qui, pris séparément, n'ont pas cette signification. C'est la juxtaposition qui crée le sens.

Par exemple, un plan de Kerensky, chef du gouvernement provisoire que veulent renverser les bolchéviques parce qu'il reproduit à nouveau l'ancien pouvoir impérial tsariste, est suivi d'une image de Napoléon. Reçu 10 sur 10 mon capitaine!
Aujourd'hui, cette technique fait les beaux jours de la caricature ou de la pancarte de manifestation; c'est probablement pour ça que les films d'Eisenstein nous apparaissent souvent comme d'énormes caricatures d'autant plus qu'ils étaient la plupart du temps des commandes du pouvoir en place.

Lecture cinéphilique en cours :
Hitchcock/Truffaut. Éditions Gallimard.
Probablement le plus célèbre livre sur le cinéma jamais écrit. Entre 1962 et 1966, tous les étés, Truffaut rencontre Hitchcock à Universal City à Hollywood et lui pose des questions (plus de 500) sur son oeuvre. Chacun de ses films sera analysé.
Contrairement au milieu cinématographique européen où Hitchcock est considéré comme un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma, l'ensemble des critiques américains le considérait plutôt comme un cabotin qui développait une oeuvre facile destinée au grand public. Ce qui faisait dire à un de ses critiques s'adressant à Truffaut : "Ce livre fera plus de mal à votre réputation en Amérique que votre plus mauvais film" Truffaut ajoute : "Heureusement, Charles Thomas Samuels se trompait et il se suicida un ou deux ans plus tard, pour de meilleures raisons, j'espère."

Évaluation IMDB : 7,7 sur 10 pour 1490 voteurs
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 14 décembre 1971 à la télévision à Québec

Mon 87ème film des 1001 films

samedi 26 avril 2008

86. Lewis : The Nutty Professor

1001 films : The Nutty Professor
Titre français : Docteur Jerry et Mister Love
Film américain réalisé en 1963 par Jerry Lewis (1926)
Avec Jerry Lewis, Stella Stevens, Del Moore

"Jerry Lewis est fort peu apprécié dans son pays. Il suscitera toutefois une grande admiration de la part de certains critiques français qui voient en lui le continuateur des gloires burlesques de la grande époque."
Monsieur Cinéma, Nos films de toujours
Je dois avouer que je fais partie de ceux qui sont médusés par l'affection portée à Jerry Lewis par les Français. Jerry Lewis a toujours été, pour moi, le cancre de la comédie. Son humour, aussi subtil qu'un Boeing dans une tour de centre-ville, m'a toujours tombé royalement sur les nerfs. C'est peut-être parce que le burlesque me laisse, au mieux, la plupart du temps indifférent. Par exemple, si vous m'invitez à voir un film de Mel Brooks, prévoyez quelques psychotropes hilarants; quelques bières pourraient aussi faire l'affaire.

Ce qui me fascine par-dessus tout dans ce film, c'est l'utilisation de la couleur. Le flamboiement des rouges, des bleus, des jaunes posés en a-plat traverse le film. La plus grande costumière de l'histoire du cinéma américain, Edith Head, les reproduit sur les vêtements de Stella.


Edith Head, dont vous trouverez une courte biographie sur l'excellent blog Les légendes du cinéma, est tout simplement la reine de la création des costumes du cinéma américain. Elle participa à ce titre à 418 films de 1927 à 1980 et remporta 8 oscars en cours de route.

La scène la plus célèbre de ce film. La scène finale lors du bal de promotion : la descente aux enfers du professeur Kelt qui voit son personnage charismatique de Buddy Love se métamorphoser graduellement en professeur Nigaud devant tous les élèves de la promotion.

C'est probablement à cause de cette scène (du moins je l'espère, parce que pour le reste, non vraiment pas) que ce film mérite sa place dans beaucoup de palmarès. Brian de Palma s'en serait-il inspiré pour l'épisode du bal de finissants de Carrie qui, également se métamorphose passant d'ange à démon.


John Travolta dans Saturday Night Fever est, en fait, un clone de Buddy Love (Jerry Lewis)


Pas de lecture cinéphilique en cours. Je suis immergé dans Millénium de Stieg Larsson. Pourtant, je suis toujours déçu par ces "coup-de-coeurs" médiatiques. Non, c'est faux, j'ai adoré au-delà de toute mesure, "Le seigneur des anneaux" de Tolkien.
Évaluation IMDB : 6,7 sur 10 pour 3213 voteurs
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 8 décembre 1971 à la télévision à Québec
Mon 86ème film des 1001 films

lundi 21 avril 2008

85. Rocha : Terre en transe

1001 films : Terra em transe
Titre français : Terre en transe
Film brésilien réalisé en 1967 par Glauber Rocha (1939-1981)
Avec Jardel Filho, Paulo Autran, José Lewgoy, Glauce Rocha

Un film coup-de-poing...sur la gueule de tous les manipulateurs politiques qui récupèrent les révoltes citoyennes contre de méchants dictateurs afin d'installer un pouvoir tout aussi totalitaire caché sous le maquillage du populisme. Ce film est à désespérer des belles causes qui, toujours, finissent dans le lit de petits potentats.
"Un film opéra-mitrailleuse" dit Jean-Louis Bory dans La nuit complice. Un critique dont il faut lire les textes dès qu'il s'agit d'un film des années 60 ou 70.

Film-désespoir
Réalisé dans le courant des années soixante, période durant laquelle l'Amérique latine a été profondément marquée par les révoltes paysannes et par le développement de nombreux mouvements de libération, ce film nous envoie en pleine gueule un des slogans de la gauche soixante-et-huitarde, "Élections, piège à cons". Message : Pas de changement politique significatif sans faire table-rase du système politique en place. Donc, seule la prise des armes par les masses paysannes et prolétariennes peut induire un changement significatif et permanent de la société dans une optique égalitaire. Voilà la leçon transmise par ce film de Glauber Rocha que l'on sent complètement désabusé suite à l'échec de l'aventure démocratique brésilienne qui s'est soldée par la prise du pouvoir des militaires en 1964; pouvoir qu'ils conserveront jusqu'en 1985.
Film au montage un peu confus, parfois difficile à suivre, mais oeuvre des plus marquantes de cette période durant laquelle le cinéma latinoaméricain (pensons au bolivien Jorge Sanjines) se présente comme un outil de sensibilisation et de combat contre les régimes totalitaires pour la plupart soutenus par les États-Unis.

Je ne sais pas exactement quand a commencé ma passion pour l'Amérique Latine. Mais je me rappelle qu'en 1967, alors que j'avais 20 ans, je vouais une admiration insensée pour Che Guevara que j'avais appris à connaître à travers quelques rares articles de magazines français. J'étais surtout fasciné par son image : béret, barbe hirsute, cigare, toute la fierté du monde dans ses yeux, le plus séduisant des révolutionnaires. "Un, deux, trois, plusieurs Vietnam", son mot d'ordre le plus éclatant, c'était à peu près toute la connaissance que j'avais de sa pensée politique.
Cette passion allait se nourrir au cours des années suivantes de plusieurs événements : cours de Géographie sur l'Amérique latine à l'université, voyage au Mexique à l'été 1970, l'élection de Salvador Allende au Chili en 1970, séjour de plusieurs mois au Mexique en 1972-1973, mon projet de doctorat en Géographie au Chili malheureusement avorté par le renversement du régime Allende le 11 septembre!!!1973; tout ça constamment nourri de lectures, de films, de musique à contenu latinoaméricain.
Bon, n'anticipons pas trop. Nous sommes en novembre 1971 et Allende est au pouvoir; le premier gouvernement communiste élu de l'histoire. Vraiment à l'avant-garde démocratique par rapport à tous les pays d'Amérique Latine dominés par des régimes dictatoriaux, militaires ou non. Il semblait donc, contrairement au message du film de Rocha, que les urnes pouvaient vraiment apporter une solution aux problèmes socioéconomiques de l'Amérique Latine. Mais deux ans plus tard, l'armée chilienne dirigée par le général Pinochet, largement soutenue par la CIA, allait mettre un couvercle étanche sur cette expérience unique de démocratie et faire rentrer le Chili dans le rang des dictatures militaires.
Il faudra attendre les années 2000 pour voir la mise en place démocratique de gouvernements de gauche. Alors, presque tous les pays d'Amérique du Sud seront touchés par ce vent libérateur : Venezuela, Brésil, Bolivie, Chili, Uruguay et, depuis hier le 20 avril, le Paraguay.
Festival de Cannes 1967. Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique.
Évaluation IMDB : 7,9 sur 10 pour 377 voteurs.
Film introuvable en Amérique du Nord.
J'ai réussi à en dénicher une vieille copie sur VHS à la cinémathèque québécoise à Montréal que j'ai pu visionner sur leur antique magnétoscope.
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 25 novembre 1971 au ciné-club de l'Université Laval à Québec
Quel beau dessin, typique de l'iconographie révolutionnaire de cette époque qui nous apparaît aujourd'hui dans toute son innocence et dans toute sa simplicité (dans le sens de simpliste, aussi).
Mon 85ème film des 1001 films

lundi 14 avril 2008

84. Malle : Le souffle au coeur

1001 films : Le souffle au coeur
Film français réalisé en 1971 par Louis Malle (1932-1995)
Avec Léa Massari, Benoit Ferreux, Daniel Gélin

Mini-coup de tonnerre dans les chaumières.
Malgré sa sortie en pleine révolution sexuelle du début des années 70, ce film a quand même créé un émoi certain chez beaucoup de spectateurs. Non seulement, l'inceste y est-il évoqué mais, de plus, l'auteur n'y apporte aucun jugement moral, comme si ce n'était pas un des plus grands tabous de la civilisation occidentale. ll faut dire que le glissement vers la relation incestueuse apparaît au spectateur comme l'aboutissement normal de la tendresse mère-enfant qu'on peut rencontrer habituellement dans une famille pas trop dysfonctionnelle. Si, en plus, la mère est la superbe Léa Massari, alors là, les tabous fondent dans ses yeux en amande comme neige au soleil qui, soit dit en passant, tarde à faire disparaître les congères accumulées dans ma cour arrière (encore 2 mètres de neige à certains endroits, on rigole pas!).

Avant la sortie du film, quelques remous au coeur de l'administration française : censurer ou non ce film. En tout cas, on l'empêchera d'ètre sélectionné pour représenter la France au Festival de Cannes de 1971.
Extrait des documents de Cannes 1971 : "Louis Malle aborde l’inceste. Le film est défendu par des artistes comme Jeanne Moreau, John Lennon et Milos Forman. Il ne sera pas censuré, ni primé. Juste un haut-le-coeur passager....."

Si la première partie du film (avant le séjour à l'Hôtel des Bains) nous donne le goût de hurler : "Pas encore un film d'ado!!!," la deuxième partie, toute proustienne (on pense souvent au séjour du narrateur à Balbec dans À l'ombre des jeunes filles en fleur), nous amène dans le confort douillet des ambiguités des premiers émois amoureux.

Malgré le lieu, Dijon, et l'année, 1954, c'est vraiment un extrait autobiographique authentique que nous présente Louis Malle, à l'exception de la scène de l'inceste, dit-il.

Beaucoup de références littéraires tout au long du film. Donc, liste :
Boris Vian, J'irai craché sur vos tombes
Saint-Exupéry, Le petit prince
Henry de Montherlant, Les jeunes filles
Goethe, Le roi des aulnes
Proust, l'oeuvre en général
Tintin
Albert Camus, L'état de siège
Et la grande surprise : Pauline Réage, Histoire d'O qui venait de paraître.

Lecture cinéphilique : La folle vie de Woody Allen de Marion Meade.
Habituellement, je ne raffole pas tellement des biographies leur préférant, et de loin, des écritures du côté de l'auto-fiction : journaux, carnets, mémoires. Pour vous dire cette passion, j'ai lu dans la dernière décennie Le Temps immobile de Claude Mauriac, pas une mince affaire que cette recherche du temps perdu en 6000 pages; mais un immense voyage émouvant à travers le siècle.

Évaluation IMDB : 7,8 sur 10 pour 1507 voteurs
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 17 novembre 1971 au cinéma Empire à Québec
Dans l'actualité du jour (Quotidien L'Action de Québec) : La Chine demande aux USA de se retirer de l'Indochine et de la Corée du Sud. En échange de quoi, elle se retirera du Tibet qu'elle occupe depuis 1950. Bien non, pardi, il faut fermer les guillemets après Corée du Sud.
Mon 84ème film des 1001 films

jeudi 10 avril 2008

83. Leone : Le bon, la brute et le truand

1001 films : Il buono, il brutto, il cattivo
Titre français : Le bon, la brute et le truand
Film italien réalisé en 1966 par Sergio Leone (1929-1989)
Avec Eli Wallach, Clint Eastwood, Lee Van Cleef

L'idéal serait de toujours voir les films d'un auteur selon leur réalisation chronologique afin de voir le cheminenent du réalisateur. Mais on sait bien que c'est rarement le cas. En général, pour ce qui est des films qui ont plus de vingt ans, on découvre un réalisateur à partir d'un de ses meilleurs films. Si on est séduit par cette oeuvre, alors on ira se balader dans sa filmographie. Si, dans la plupart des cas, cette approche dans le désordre n'est pas vraiment dommageable pour l'ensemble de l'oeuvre, il peut arriver que ce le soit, comme dans le cas présent.
Par exemple, ayant vu Le bon, la brute et le truand (BBT) deux mois après Il était une fois dans l'Ouest, c'est ce dernier qui restera, pour moi, le meilleur western de Leone alors qu'il n'est qu'une copie embellie de BBT.

Ce qui surprend en visionnant Le bon , la brute et le truand après avoir déjà vu Il était une fois dans l'Ouest, réalisé précédemment, c'est de voir à quel point ce dernier est tributaire du premier. Plusieurs éléments clés, sans parler de toute la stylistique, étaient déjà présents dans BBT.
Quelques exemples :
1. La séquence du début est presque identique dans les deux films : trois malfrats (dont Al Mulock présent dans les deux films) s'apprêtent à attaquer un individu qui aura gain de cause sur eux.
2. La séquence du duel au soleil à la fin du film : même tension, même gros plans sur les regards, rythme musical identique, etc.
3. Le pendu, au bout de sa corde en déséquilibre; dans BBT sur une croix de bois, dans Il était une fois... sur les épaules du petit frère.
4. L'imbrication de l'intrigue dans l'Histoire américaine.
5. Et la musique de Morricone...

Scène de mauvais goût pour ne pas dire carrément odieuse : Dans un camp nordiste, l'orchestre de prisonniers obligé de se produire pour enterrer les cris d'un prisonnier qu'on torture. L'analogie avec des scènes connues des camps de concentration nazis nous saute en pleine figure et nous salit un peu.

Eli Wallach : la plus importante prestation d'acteur du film. Clint "stone face" Eastwood est peut-être l'icone des westerns spaghettis mais, dans ce film, il est carrément laissé dans les "starting blocks" par Wallach. Quarante ans plus tard, ce même Wallach, à 91 ans, nous donne une savoureuse prestation d'acteur dans un rôle de scénariste en fin de vie, dans le film de Nancy Meyers, Holiday.


Eli Wallach, now and then

Lecture cinéphilique en cours : Eisenstein, Le cinéma comme art total de Gérard Conio.
De 1929 à 1932, Eisenstein, accompagné de deux collègues du milieu du cinéma soviétique, séjourne en Occident : Suisse, France, USA et, enfin, Mexique où il essaiera de réaliser une grande fresque sur la société mexicaine. Que viva Mexico! ne sera jamais produit faute de financement adéquat. Des parties seulement de cette oeuvre se retrouveront dans d'autres films tels que Thunder Over Mexico dont l'atrocité de certaines scènes en ferait, selon certaines critiques, le prédécesseur de la série Mondo Cane. Tout le financement du film reposait sur les épaules de Upton Sinclair (1878-1968), un écrivain américain communiste (si, si ça existait), dont une oeuvre Oil vient d'apparaître sur nos écrans : There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson.

Évaluation IMDB : 9,0/10 pour 89 466 voteurs.
Au 4ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les voteurs de IMDB.
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 22 octobre 1971 au cinéma Le Bijou (!!!) à Québec
Les noms de salle de cinéma à Québec au début des années 1970, à l'époque où il y avait encore des cinémas de quartier, reflétaient toute cette période des premières décennies du cinéma durant laquelle celui-ci représentait l'exotisme des pays lointans et le rêve inatteignable. À Québec, on retrouvait Paris (le cinéma de Paris, le Pigalle, l'Odéon), Venise (le Rialto, le Lido), l'Espagne (le Granada), Athènes (le Capitol (sic)).
Mon 83ème film des 1001 films

lundi 7 avril 2008

82. Eisenstein : Ivan le Terrible

1001 films : Ivan Groznyy
Ivan Groznyy I
Ivan Groznyy II: Boyarsky zagovor (sorti en 1958)
Titre français : Ivan le Terrible
Films soviétiques réalisés en 1944-1946 par Sergei M. Eisenstein (1898-1948)
Avec Nikolai Cherkasov (Tsar Ivan IV), Serafima Bermann, Mikhail Nazvanov, Pavel Kadochnikov, Vsevolod Pudovkin
Musique : Sergei Prokofiev

À l'époque, je n'ai pas dû éprouvé beaucoup de plaisir (autant dire que je m'étais royalement emmerdé) en visionnant ce film sur un petit écran de télé en début de nuit. J'étais entré dans ce film sans aucune connaissance de l'histoire russe; alors, tous ces complots de la cour impériale me laissèrent assez indifférents puisque je n'y comprenais rien. La présentation caricaturale d'Ivan et de son entourage, amplifiée par une prestation des comédiens qui semblaient avoir oublié que le cinéma parlant avait été inventé 15 ans auparavant tant leurs expressions faciales étaient chargées, ajoutèrent à mon désintérêt.

Ce qui saute aux yeux en visionnant à nouveau ce film, plus de 30 ans plus tard, c'est le parallèle qu'on ne peut éviter de faire entre la destinée d'Ivan le Terrible et celle de Staline.
Dans la première partie, on voit bien l'analogie entre la Russie d'avant Ivan et la Russie de Nicolas II du début du 20ème siècle. Cette partie se termine par la montée d'Ivan vers Moscou appuyée par le peuple. On ne peut s'empêcher d'y voir la prise du pouvoir par les bolchéviques avec Lénine à leur tête. Eisenstein a d'ailleurs remporté le prix Staline pour cette première partie de Ivan le Terrible.
C'est dans la deuxième partie que la référence à Staline est remarquable. Cet Ivan IV, tsar de toutes les russies, qui installe un pouvoir totalitaire et tyrannique (excusez le pléonasme), s'attaquant même à ceux du peuple qui lui ont permis de s'emparer du pouvoir; cet Ivan, c'est la personnification même de Staline. Alors pas de deuxième prix Staline pour Eisenstein (dixit les Cahiers du cinéma) mais plutôt le déshonneur, la censure et l'interdiction de représentation publique du film pendant 10 ans.

Par ailleurs, on s'est émerveillé et on a crié au chef d'oeuvre devant la mise en scène de cette oeuvre. Mais ça me semble un tantinet exagéré (oui, je sais, je suis gonflé de mettre des bémols sur le cinéma de S.a M.ajesté Eisenstein) quand on voit comment Eisenstein joue de la caméra, des décors et des expressions corporelles comme on le faisait à la belle époque de l'expressionnisme allemand des années 20.
Par exemple, les ombres portées sur les murs qui inondent de nombreux plans étaient déjà une technique dont on avait abusée jusqu'à plus soif à l'époque des Lang, Wiene et Murnau.




M
(1931) de Fritz Lang


Un des nombreux plans de Ivan le Terrible avec des ombres portées



Lecture cinéphilique en cours : Eisenstein, le cinéma comme art totaL de Gérard Conio.
Parcours de la biographie et de la production filmique d'Eisenstein en utilisant quelques documents inédits apparus après la "désoviétisation" de l'empire.
Extrait : Eisenstein: "Hier, j'étais chez Staline. Nous n'avons éprouvé aucune sympathie l'un pour l'autre."
Conion : "Eisenstein a obtenu ce qu'il voulait. Il pourra mourir tranquille puisqu'il a réussi à préserver cette deuxième partie de Ivan le Terrible qu'il considère comme son testament. Mais elle ne paraîtra qu'en 1958, dix ans après sa mort et 5 ans après celle de Staline. "

Conversation d'Eisenstein avec Staline à propos de Ivan le Terrible, tenue à le 26 février 1947. En préambule à la conversation, des remarques du bureau politique justifiant la censure du deuxième volet de Ivan le Terrible.
Cette conversation nous montre le petit père des peuples donnant des leçons d'histoire à Eiseinstein dans le but de lui faire corriger la deuxième partie de Ivan. Eisenstein, sarcastique, demande à Staline vers la fin de la conversation s'il a d'autres instructions à lui donner. Staline, accusant le coup, lui répond qu'il ne lui donne pas d'instructions mais seulement le point de vue des spectateurs (sic).
Délirant : Staline, demandant à Eisenstein de diminuer la longueur de la barbe d'Yvan ainsi que la durée des baisers que celui-ci donne à son épouse.


Sur IMDB, vous pouvez voir la stupidité des systèmes informatiques quand ils sont mal programmés :
"If you enjoyed this title, our database also recommends :"
Aleksandr Nevskiy de S.M. Eisentein
Flesh.ka,
Alexander,
Rocky IV. Pairer Stallone et Eisenstein? Il y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent.

Évaluation IMDB du premier volet sorti en 1944 : 8,0/10 pour 2094 voteurs
Évaluation IMDB du deuxième volet sorti en 1958 : 8,2/10 pour 1551 voteurs
Toutes les informations sur la première partie du film sur IMDB
Toutes les informations sur la deuxième partie du film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 31 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 82ème film des 1001 films

lundi 31 mars 2008

81. Antonioni : Le désert rouge

1001 films : Il deserto rosso
Titre français : Le désert rouge
Film italien réalisé en 1964 par Michelangelo Antonioni (1912-2007)
Avec Monica Vitti, Richard Harris, Carlo Chionetti

Commençons par la fin. Écologie.
La dernière séquence : Giuliana (Monica Vitti) se promène avec son jeune fils dans le "désert rouge" d'une friche industrielle.
Dialogue
Fils : Pourquoi cette fumée est-elle jaune? (montrant du doigt la fumée sortant d'une cheminée d'usine)
Mère : Parce qu'elle est empoisonnée.
Fils : Alors, si un petit oiseau vole à travers elle, il mourra.
Mère : Depuis le temps, les petits oiseaux ont appris à ne plus voler à cet endroit.
Impossible de ne pas faire le lien avec le premier et le plus célèbre volume traitant des graves désordres écologiques causés par l'industrialisation écrit par la biologiste américaine Rachel Carson, The Silent Spring, publié en septembre 1962. Ce volume fut le premier cri d'alerte destinée à l'ensemble de la population concernant les problèmes écologiques. Le printemps silencieux, c'est l'absence des oiseaux qui ne reviennent pas parce que l'environnement est délétère. Il faut lire l'introduction de ce volume qui nous présente ce qui nous attend si la tendance à la destruction de l'environnement perdure. Ce petit texte de trois pages, que vous devez lire, A Fable for Tomorrow, est le 1984 de l'environnement.
Antonioni était-il au courant de cet écrit au moment de la réalisation de Il deserto rosso, tourné en 1963? On peut en douter. Ce qui donne un caractère encore plus prémonitoire mais aussi avant-gardiste à ce film qui décrit les désastres de la pollution industrielle.
Ce qui est aussi fascinant c'est de voir que les critiques de l'époque n'abordent pas cette question. Dans les Cahiers du cinéma numéro 159 d'octobre 1964, Jean-Louis Comolli réussit le tour de force, en 3 pages de critique, à ne jamais aborder la question écologique pourtant omniprésente dans le film. Mais voilà, la question écologique ne fait pas partie des composantes de l'idéologie occidentale de l'époque.
Mais pour nous, en 2008, la composante écologique du film nous saute en pleine figure comme nous apparaissent tout à fait bizarres ces personnages des films noirs accrochés à leur cigarette alors que c'était la norme à l'époque et qu'un spectateur d'alors n'aurait sûrement par remarqué.
En 1971, lors du premier visionnement de ce film, je ne suis même pas certain que je connaissais le mot écologie; il est certain que la question environnementale ne me préoccupait aucunement. La pollution de l'environnement faisait partie de la vie du siècle; c'était une fatalité avec laquelle il fallait vivre. Une rivière était considérée comme un lieu de remisage de tous les déchets.
Dans le quartier Limoilou à Québec, où j'ai vécu mon enfance, il y avait une rivière, la St-Charles, qui servait d'égout et de poubelle, en plein coeur de la ville. Personne n'approchait ses rives, infestées de rats et comblées de déchets industriels.
Je me souviens d'un événement hautement surréaliste attaché à cette rivière. Mon grand-père d'origine italienne, statuaire de métier, avait dû cesser sa production de statues religieuses en plâtre, suite au concile de Vatican II en 1962 qui préconisait l'abandon des rites liées aux statues. Ne pouvant plus vendre de statues, il ferma boutique. Mais que faire du lourd inventaire de statues s'entassant dans les caves de la "shop". Celle-ci étant située à deux pas de la St-Charles, la solution apparut évidente : balancer l'inventaire dans la gueule gourmande de ce dépotoir aquatique. C'est ainsi que depuis plus de 40 ans, des dizaines de statues, couchées dans le lit de la rivière, regardent passer des embarcations de plaisance lors des beaux jours. Rivière St-Charles aujourd'hui
Résumé du film. Faisons court.
"Déshumanisation progressive du monde et du paysage." tiré de Des Yeux pour voir de Jean-Louis Bory, critique que j'adore et bouquin incontournable quant au cinéma des années 60. Lourd, le film.
Premier film en couleurs d'Antonioni.
Tant de couleurs en à-plat pour décrire un paysage industriel répugnant mais aucune couleur pour le paysage naturel : pas de soleil, plein de brouillard, grisaille de novembre, on pense à Brel du Plat Pays, "avec un ciel si bas qu'un canal s'est pendu" "avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner".
Richard Harris : très mauvais casting. On a l'impression qu'il s'est trompé de film. Il dort au gaz. On rêve de Mastroianni dans ce rôle, ou bien le Delon de L'eclisse.
Lecture cinéphilique
Pierre Braunberger, Cinémamémoire. Les mémoires d'un des plus grands producteurs de films français; de Jean Renoir à Jean-Luc Godard.
Il arrive quelquefois qu'on se plante royalement dans l'évaluation d'un film. Consolons-nous en lisant ce qui suit, extrait du livre de Braunberger.
Celui-ci raconte :"... nous passons devant le Colisée (cinéma) où l'on donnait pour la première fois Quai des brumes. Je dis à Jean Renoir : "Nous avons le temps. allons le voir." Il accepte. Au bout de 20 minutes, de sa grosse voix traînante, il s'exclame très fort : "Qu'est-ce que c'est que ce film? C'est une mise en scène de merde. Ce n'est pas le Quai des brumes, c'est le "le cul des brêmes" que tu m'as emmené voir". Je ne savais plus comment faire et lui dis : "Chut Jean, c'est un très beau film... tu ne peux pas faire ça..." Il continue : "Mais c'est vraiment de la merde ce truc-là. Quelle connerie!". Nous avons été obligés de sortir, tant il faisait de scandale. J'ai revu le film, seul, le lendemain... avec une grande joie."

Festival de Venise 1964 : Lion d'or pour Michelangelo Antonioni
Évaluation IMDB : 7,7/10 pour 1589 voteurs.
Mon évaluation : 7,5/10
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 29 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 81ème film des 1001 films

Le palmarès des palmarès...en préparation

Le palmarès des palmarès des films du 20ème siècle est en préparation.
Sortie probable en plusieurs blogs consécutifs à la fin de l'été 2008.

Je viens de terminer la compilation des volumes de la collection de Jurgen Mülller. Évidemment, il fallait s'attendre à une surreprésentation des films allemands; on n'échappe pas au biais national. Comme dans beaucoup d'autres listes, il y a des oublis notables et des choix très questionables; c'est la règle du jeu.
Il ne me reste plus qu'à compiler la liste des 1000 meilleurs films du New York Times et je pourrai sortir ma liste synthèse des 1000 meilleurs films au monde, fabriquée à partir de 10 grands palmarès provenant de 5 régions géographiques différentes : France, Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis et Québec. Ainsi les oublis des uns et le chauvinisme national des autres pourront être corrigés.
Les 1000 films seront classés par ordre d'importance. On n'y retrouvera que les films réalisés de 1900 à 2000. Les listes utilisées se terminant entre 2001 et 2007, je ne pouvais pas garder les films réalisés pendant cette période sans créer d'injustice. D'où le choix de me limiter au 20ième siècle.
Bon, je retourne à mes compilations obsessionnelles...

dimanche 30 mars 2008

Müller : Films des années 90. Critique de l'ensemble

Chez l'éditeur Taschen, la plus belle et la plus complète collection de volumes présentant les meilleurs films de l'histoire du cinéma.

Éditée en 2007, sous la direction de Jürgen Müller et en collaboration avec le Deutscher Fernsehdienst Fotodatenbanken de Hambourg, le Berlin Deutsche Kinemathek, le British Film Institute de Londres et la Bibliothèque de films de Paris, cette collection comprend 8 volumes. Un volume pour chacune des décennies comprises entre 1920 et 2000. Pour chacun des films présentés, on retrouve une abondante iconographie, la description du scénario, un commentaire critique et une notice détaillée sur un des artisans du film. Chacun des volumes contient entre 576 et 864 pages. En tout, 4768 pages de cinéma et 865 films.

On retrouve, dans ce huitième et dernier volume de la collection, des films réalisés entre 1991 et 2000. En tout, les 141 meilleurs films de cette décennie d'après Jürgen Müller et ses collaborateurs.

1991. Bigelow, Kathryn, Point Break
1991. Cameron, James, Terminator 2 : Judgment Day
1991. Carax, Leos,
Les amants du Pont-Neuf
1991. Demme, Jonathan, The Silence of the Lambs
1991. Jeunet, Jean-Pierre, Delicatessen

1991. Parker, Alan, The Commitments
1991. Rivette, Jacques, La belle noiseuse
1991. Scorsese, Martin, Cape Fear
1991. Scott, Ridley, Thelma & Louise
1991. Singleton, John, Boyz N the Hood
1991. Stone, Oliver, JFK
1991. Van Sant, Gus, My Own Private Idaho

1991. Yimou, Zhang, Dahong Denglong Gaogao Gua (Raise the Red Lantern)
1992. Allen, Woody, Husbands and Wives
1992. Altman, Robert, The Player
1992. Burton, Tim, Batman Returns
1992. Eastwood, Clint, Unforgiven
1992. Ferrara, Abel, Bad Lieutenant
1992. Kusturica, Emir, Arizona Dream
1992. Leonard, Brett, The Lawnmower Man
1992. Lynch, David, Twin Peaks : Fire Walk With Me
1992. Reiner, Rob, A Few Good Men
1992. Verhoeven, Paul, Basic Instinct
1993. Altman, Robert, Short Cuts
1993. Campion, Jane, The Piano
1993. Davis, Andrew, The Fugitive
1993. Demme, Jonathan, Philadelphia
1993. Eastwood, Clint, A Perfect World
1993. Kaige, Chen, Bawang Bie Ji (Adieu ma concubine)
1993. Kieslowski, Krzysztof, Trois couleurs : Bleu

1993. Loach, Ken, Raining Stones
1993. Newell, Mike, Four Weddings and a Funeral
1993. Petersen, Wolfgang, In the Line of Fire
1993. Pollack, Sydney, The Firm
1993, Ramis, Harold, Groundhog Day
1993. Spielberg, Steven, Jurassic Park
1993. Spielberg, Steven, Schindler's List
1994. Allers, Roger, The Lion King

1994. Besson, Luc, Léon
1994. Burton, Tim, Ed Wood
1994. Cameron, James, True Lies
1994. Chéreau, Patrice, La reine Margot
1994. Darabont, Frank, The Shawshank Redemption

1994. De Bont, Jan, Speed
1994. Jordan, Neil, Interview With the Vampire
1994. Kar-Wai, Wong, Chongqing Senlin (Chungking Express)
1994. Levinson, Barry, Disclosure
1994. Stone, Oliver, Natural Born Killers
1994. Tarantino, Quentin, Pulp Fiction

1994. Wortmann, Sonke, Der bewegte Mann (Maybe… Maybe Not)
1994. Zemeckis, Robert, Forrest Gump
1995. Clark, Larry, Kids
1995. Eastwood, Clint, The Bridges of Madison County
1995. Figgis, Mike, Leaving Las Vegas
1995. Fincher, David, Se7en
1995. Gibson, Mel, Braveheart
1995. Gilliam, Terry, Twelve Monkeys
1995. Howard, Ron, Apollo 13
1995. Jarmusch, Jim, Dead Man
1995. Kassovitz, Mathieu, La haine
1995. Lasseter, John, Toy Story

1995. Lee, Ang, Sense and Sensitivity
1995. Mann, Michael, Heat
1995. Noonan, Chris, Babe
1995. Robins, Tim, Dead Man Walking
1995. Scorsese, Martin, Casino
1995. Tong, Stanley , Hung faan aau (Rumble in the Bronx)
1996. Boyle, Danny, Trainspotting
1996. Burton, Tim, Mars Attacks!
1996. Coen, Joel, Fargo
1996. Cravenn, Wes, Scream
1996. Cronenberg, David, Crash
1996. De Palma, Brian, Mission : Impossible
1996. Forman, Milos, The Peole vs Larry Flynt

1996. Gast, Leon, When We Were Kings
1996. Lurhmann, Baz, Romeo & Juliet
1996. Lynch, David, Lost Highway
1996. Minghella, Anthony, The English Patient

1996. Rodriguez, Robert, From Dusk Till Dawn
1996. Suo, Masayuki, Shall we Dansu? (Shall we Dance?)
1996. Sverak, Jan, Kolya
1996. Von Trier, Lars, Breaking the Waves
1997. Anderson, Paul Thomas, Boogie Nights
1997. Benigni, Roberto, La vita è bella
1997. Brooks, James L., As Good as it Gets
1997. Cameron, James, Titanic
1997. Cattaneo, Peter, The Full Monty
1997. Donner, Richard, Conspiracy Theory
1997. Egoyan, Atom, The Sweet Hereafter
1997. Gallo, Vincent, Buffalo 66
1997. Hanson, Curtis, L.A. Confidential
1997. Hogan, P.J., My Best Friend's Wedding
1997. Lee, Ang, The Ice Storm
1997. Niccol, Andrew, Gattaca
1997. Sonnenfeld, Barry , Men in Black
1997. Tarantino, Quentin, Jackie Brown
1997. Van Sant, Gus, Good Will Hunting

1997. Woo, John, Face/Off
1998. Coen, Joel, The Big Lebowski
1998. Ephron, Nora, You've Got Mail
1998. Farrelly Peter et Bobby,
There's something about Mary
1998. Kusturica, Emir, Chat noir, chat blanc
1998. Madden,John, Shakespeare in Love
1998. Malick, Terrence, The Thin Red Line

1998. Norrington, Stephen, Blade
1998. Ritchie, Guy, Lock, Stock and Two Smoking Barrels
1998. Soderbergh, Steven, Out of Sight
1998. Solondz, Todd, Happiness
1998. Spielberg, Steven, Saving Private Ryan
1998. Tykwer, Tom, Lola rennt
1998. Vintervberg, Thomas, Festen
1998. Weir, Peter, The Truman Show
1998. Wender, Wim, Buena Vista Social Club
1999. Almodovar, Pedro, Todo sobre mi madre
1999. Anderson, Paul Thomas, Magnolia

1999. Besson, Luc, The Messenger : The Story of Joan of Arc
1999. Burton, Tim, Sleepy Hollow
1999. Fincher, David, Fight Club
1999. Jonze, Spike, Being John Malkovich
1999. Kubrick, Stanley, Eyes Wide Shut
1999. Lucas, George, Star Wars : Episode 1. The Phantom Menace
1999. Lynch, David, The Straight Story

1999. Mann, Michael, The Insider
1999. Mendes, Sam, American Beauty
1999. Michell, Roger, Notting Hill
1999. Myrick, Daniel, The Blair Witch Project
1999. Shyamalan, M. Night, The Sixth Sense
1999. Soderbergh, Steven, The Limey
1999. Wachowski, Andy et Larry, The Matrix
2000. Coen, Joel, O Brother, Where Art Thou?
2000. Crowe, Cameron, Almost Famous
2000. Eastwood, Clint, Space Cowboys
2000. Frears, Stephen, High Fidelity
2000. Lee, Ang, Wohu zang long (Tigres et dragons)
2000. Scott, Ridley, Gladiator
2000. Soderbergh, Steven, Erin Brockovich
2000. Soderbergh, Steven, Traffic
2000. Von Trier, Lars, Dancer in the Dark
2000. Wenders, Wim, The Million Dollar Hotel
2000. Woo, John, Mission : Impossible 2
2000. Zemeckis, Robert, What Lies Beneath

En rouge, les films que j'ai vus : 108

Les films de la liste de Jurgen Müller classé par pays producteur :
1. USA :
559 films pour 65% de l'ensemble des films sélectionnés
2. France : 83 films = 10%
3. Royaume-Uni : 66 films = 8%
4. Allemagne : 64 films
5. Italie : 29 films
6. Japon : 12 films
7. Suède : 10 films
8. Australie : 7 films
9. Hong-Kong : 6 films
10. Australie : 5 films
10. Danemark : 5 films

Cette liste est assez semblable à celle tirée du livre 1001 films à voir avant de mourir de Steven Jay Schneider. Voir le blog traitant de ce sujet
Les trois plus grands pays producteurs contribuent pour 83% des films choisis par Müller et son équipe par rapport à 72% pour l'équipe de Schneider.
L'élément le plus marquant, et il fallait s'y attendre à cause du biais national qu'on remarque dans tous les palmarès, c'est la très forte présence de la production allemande; trois fois plus importante que dans la liste de Schneider qui demeure, à mon avis, la meilleure liste consultée à ce jour en attendant la mienne qui les laissera toutes dans la poussière....!

Réalisateurs :
1. Hitchcock : 13 films
2. Kubrick : 10
2. Wilder : 10
4. Ford : 9
5. Chaplin : 8
5. Lang : 8
5. Hawks : 8
5. Scorsese : 8
9. Fellini : 7
9. Spielberg : 7
9. Huston : 7
9. Lubitsch : 7
9. Bergman : 7
9. Lynch : 7
15. Malle : 6
15. Pollack : 6
15. Wyler : 6
15. Bunuel : 6
15. Burton : 6
Cette liste de réalisateurs est assez semblable à celle tirée du livre 1001 films à voir avant de mourir de Steven Jay Schneider. Voir le blog traitant de la liste des réalisateurs dans le livre de Schneider.