88. Lang : Metropolis
1001 films : MetropolisFilm allemand réalisé en 1927 par Fritz Lang (1890-1976)
Avec Alfred Abel, Gustav Fröhlich, Rudolf Klein-Rogge, Brigitte Helm
D'après le roman de Thea von Harbou, Metropolis.
Quel feu d'artifice!
Les spectateurs ont dû être complètement pétrifiés par la démesure de cette oeuvre. Pas de précédents dans une telle démesure. Naissance d'une nation de Griffith qui pourrait s'en approcher est maintenue à distance par son scénario connu par tous à travers les livres d'histoire. Avec Metropolis, on sort du temps et de l'espace connu; et le scénario, assez simpliste, s'efface derrière le gigantisme des décors et de la figuration (37 000 personnes). Coût de la production converti en dollars d'aujourd'hui : 200 millions.
Metropolis fait partie de cette vision idéologique récurrente du progrès et de la science : ceux-ci nous mènent tout droit vers l'enfer. Metropolis a ouvert la voie à une pléthore de films qui nous dépeindront la ville comme un lieu dantesque : Blade Runner, Dark City, The Fifth Element, Solyent Green (Titre français: Soleil vert, films sous-estimé), etc. On aime bien se faire peur. On a cru un moment que les villes occidentales se dirigeaient vers cette destinée (pensons à New York des années 1970; je me souviens, lors de ma première visite à New York en 1979, être arrivé dans la ville par le tunnel Lincoln qui aboutit sur la 42ème rue, découvrant une dizaine de voitures désossés et criblés de balles!) mais, dans un sursaut salutaire, les villes occidentales, même les plus grandes, sont redevenus des lieux de désirabilité résidentielle. La ville-centre qui, pendant des décennies, s'est vidée de sa population au profit des banlieues (surtout dans les villes nord-américaines) devenant des lieux de désolation et de criminalité élevée est à nouveau réinvestie par les populations. Renaissance de la ville : les industries ont quitté le coeur des villes, les espaces résidentiels ont été rénovés, les cours d'eau ont été dépollués, des parcs ont été aménagés, les rues piétonnes se sont développées, la rue principale a repris vie. Il fait bon, à nouveau, habiter au coeur des villes; l'augmentation exorbitante du prix des logements en fait foi. Comme quoi, le pire n'est pas toujours certain.
Metropolis : la ville de 2006 (année indiquée dans le roman).


Heureusement, Paris a échappé à ce massacre. Le futur d'accord mais ailleurs, pas au détriment de l'histoire de la ville. Et c'est bien ailleurs, à La Défense, que les promoteurs de ce type de développement ont appliqué les grandes théories urbanistiques de Le Corbusier
Si je m'emballe tellement à chaque fois que la question urbaine apparaît c'est qu'on entre au coeur de ma vie professionnelle : 31 ans d'enseignement consacré au Monde urbain. Ça laisse des traces indélébiles.
Grande faille dans ma cinéphilie : je n'ai jamais vu Metropolis sur grand écran. Insensé.
Deux films qui traitent de la même thématique : la lutte des classes et sa résolution.
Coïncidence jamais soulignée dans les articles lus consacrés à ces deux films.
Si la résolution de la lutte des classes par le renversement du pouvoir en place par la population (thèse défendue par Eisenstein dans Octobre) nous apparaît pratiquement incontournable dans un régime dictatorial, comment regarder sans rire la résolution de la lutte des classes proposée par Lang dans Metropolis.
Dans la thèse défendue par Lang et, incidemment, par le régime nazi qui s'apprête à prendre le pouvoir, le capital (la bourgeoisie vivant au sommet de Metropolis) et le travail (la masse obscure des travailleurs dont les quartiers sont enfouis dans les catacombes de la ville) apprennent à collaborer dans l'harmonie et l'amour pour le bon fonctionnement de Metropolis. Comme on disait au Québec à l'ère du McDo, "un chausson aux pommes avec ça?"
Évaluation IMDB : 8,4 sur 10 pour 25 996 voteurs.
Au 72ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les voteurs de IMDB
Toutes les informations sur ce films sur IMDB
Une excellente critique de Metropolis par Francis Moury sur le site Stalker : dissection du cadavre de la littérature.
Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec.
Mon 88ème film des 1001 films


Edith Head, dont vous trouverez une courte biographie sur l'excellent blog 

John Travolta dans Saturday Night Fever est, en fait, un clone de Buddy Love (Jerry Lewis)
1001 films : Terra em transe
Quel beau dessin, typique de l'iconographie révolutionnaire de cette époque qui nous apparaît aujourd'hui dans toute son innocence et dans toute sa simplicité (dans le sens de simpliste, aussi).
1001 films : Il buono, il brutto, il cattivo






